Renaud Richardet - Blog

L'âge du feu

L'hiver arrive en Suisse et j'observe les cheminées de nos maisons qui se remettent en marche. Je trouve très intéressant et important de mettre en perspective ce qu'on brûle. Parce que comme disait Stéphane, quoi qu'on en dise, on reste encore à l'âge du feu.

Chaque matin, je brûle un peu de bois dans ma cheminée. La combustion chimique en dégage de l'énergie que je peux utiliser dans ma maison. Si je n'avais pas brûlé ce bois, il serait tombé dans la forêt, des champignons l'auraient décomposé, le CO2 aurait été rejeté et la matière organique restante se serait intégrée à la forêt. Maintenant qu'on le brûle, ça produit des cendres et de la fumée (qui contient du CO2 et des particules fines cancérigènes).

L'horizon de temps, c'est que je brûle le bois d'un arbre qui a mis 80–150 ans à pousser avec du soleil. Sur ce cycle, si on part du principe que l'arbre que j'ai coupé est remplacé par un autre, le bilan CO2 est équilibré. Ça suppose quand même qu'il y ait assez de forêts, pour nous permettre de brûler ce bois. C'est-à-dire que si un arbre met 80–150 ans à pousser, que je consomme 4 stères par année, qu'un stère correspond à 0.2 arbres, j'aurai besoin d'une forêt de 65–120 arbres pour chauffer ma famille. C'est ça, la contrainte. Il y a aussi les coûts énergétiques pour abattre les arbres et les transporter.

Avant, on avait un chauffage au mazout. Il brûlait du mazout, qui vient du pétrole, qui vient du plancton marin enfoui il y a ~50 millions d’années. Tout ça est également du soleil du passé. Donc, quand je brûle des énergies dites fossiles, j'utilise du soleil capturé il y a bien longtemps. Et je rejette du CO2 qui était piégé dans les couches de la terre. Comme les échelles de temps sont beaucoup trop longues, ces fameux ~50 millions d'années, il n'y a aucun moyen d'arriver à les ré-intégrer, comme on peut le faire avec le bois.

La troisième source, c'est du photovoltaïque qui fait tourner une pompe à chaleur. D'autres enjeux. Ça demande plus de technologie qu'un poêle (et qu'un arbre). Ce sont des savoirs industriels qu'on a un peu perdus en Europe et en Suisse (fabriquer des panneaux). Il y a plus de technologie, c'est-à-dire qu'au bout de 25-30 ans, il faudra changer les panneaux, la pompe à chaleur et l'onduleur (avant).

Un des autres enjeux aussi, c'est que les panneaux ne produisent pas vraiment au moment où on en a besoin. Car en hiver, les panneaux solaires produisent peu. Triple effet: l'angle d'élévation du soleil est plus bas; le temps d'ensoleillement par jour est aussi plus court; comme le soleil est plus bas, il doit plus pénétrer l'atmosphère, donc il y a plus de perte. Ceci peut être compensé par des réservoirs annuels (les seuls qui existent sont principalement des barrages hydroélectriques), ou par des éoliennes (qui produisent plus l'hiver, mais sont très très peu développées en Suisse).